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« Je ne me suis jamais sentie une femme allemande, et cela
fait longtemps que je ne me sens plus une femme juive. Je me sens
ce
que je suis réellement - une fille venue d'ailleurs. » A
un mot près (russe pour allemande), cette affirmation d'Hannah
Arendt à Heidegger, son ex-professeur et amant, aurait pu être
signée, me semble-t-il, par Irène Némirovsky.
Née dans une famille fortunée ayant fui l'Ukraine
en 1917, elle s'est cachée à Moscou, où elle
a tué le temps avec Maupassant, Flaubert, Huysmans et Wilde.
Après un détour en Scandinavie, la famille Némirovsky
s'installa à Paris ; Irène fréquenta la Sorbonne.
Après quoi, en 1929, « fille venue d'ailleurs »,
elle sidéra la critique française (même Robert
Brasillach, qui en oublia qu'elle était juive) par la qualité de
son premier roman. Son père, qu'elle décrit dans
ce livre, banquier plus que prospère en Russie, avait réussi
son émigration et sa reconversion en France. Si bien que
le monde, cosmopolite et un peu plus qu'aisé, auquel Irène
Némirovsky appartenait et qu'elle décrit, est autant
celui de Morand que celui des juifs français se considérant
comme assimilés. Peu de livres sont plus ancrés dans leur temps (de 1934 à 1942)
que ce « Dimanche », suite de quinze nouvelles souvent
grinçantes, passant de la bluette cruelle dans la manière,
plus tard, de Salinger à la débâcle de 1940.
Elles dérangent autant par leur ambiguïté que
parce que personne, et certainement pas les écrivaines d'aujourd'hui,
n'use plus de leur écriture simple et limpide, directe. On pourra s'étonner que, stigmatisée par Vichy et
les Allemands, Irène Némirovsky ait continué,
l'Occupation venue, de publier ses nouvelles dans Gringoire, journal
devenu collaborationniste et resté antisémite. La
dernière date de 1942, année où elle fut arrêtée,
puis déportée à Auschwitz. Ne se sentant ni
juive ni russe, mais l'écrivain français qu'elle était
devenue, sans doute se crut-elle libre de ses choix, intouchable
? « Dimanche », d'Irène Némirovsky (Stock,
380 pages, 139 F). Stock réédite en même temps « Le
mirador », d'Elisabeth Gille, la fille d'Irène Némirovsky.
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