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Elle a été encensée à la fois par Kessel
et Brasillach, adulée par Cocteau et le milieu littéraire
parisien, saluée dès son premier roman, David Golder,
paru en 1929 -, puis adapté par Julien Duvivier. Née à Kiev
en 1903, Irène Némirovsky vit en France depuis moins
de dix ans lorsqu'elle envoie, par la poste, son manuscrit chez Grasset.
Fille de banquiers juifs qui ont fui la révolution russe,
elle connaît le répit et la notoriété durant
l'entre-deux-guerres, se marie, donne naissance à deux filles
et offre aux lettres françaises des bijoux comme Le bal. La
guerre lui arrache à nouveau son foyer, puis la vie. Emportée
sur les routes de l'exode, elle trouve refuge dans un village du
Morvan, avant d'être déportée à Auschwitz
où elle meurt en 1942.
Suite française est le récit à vif de l'exode
et des premières heures de l'occupation allemande, vision
magistrale et miraculeusement parvenue jusqu'à nous. Préservé par
Denise Epstein, l'une de ses filles, le manuscrit épars a été reconstitué par
ses soins. Dans sa fuite pour échapper aux nazis, la petite
fille qu'elle était a emporté la valise où se
trouvaient les écrits de sa mère et l'a conservée
durant toute la guerre, de cachette en cachette. Pour la première
fois, sont donc publiés Tempête en juin et Dolce. Dans
le premier texte, d'une écriture en saccades, elle accompagne
tous ces gens pris de panique qui tentent de quitter la capitale;
se glissant au plus près de grands bourgeois, d'un écrivain étourdissant
de fatuité, de petits employés de banque, de leur patron
irascible, Némirovsky enchâsse les voix et les destins,
les scènes de bombardements sur les routes, la description
des retours dans Paris, au lendemain de la capitulation. Après
le flot de l'exode, le second volume, Dolce, est la chronique de
l'arrivée des troupes d'occupation dans le petit village de
Bussy - un temps pétrifié où les uns et les
autres s'observent et où la romancière évacue
les images d'Epinal. Rares sont les exemples de la littérature
française, à l'exception du Silence de la mer, où la
description si délicate de ces promiscuités de guerre
laisse subtilement place aux sentiments de ceux d'en face. La préface
de Myriam Anissimov et les correspondances et notes d'Irène
Némirovsky achèvent de dessiner les contours de cette œuvre
et de cette vie bouleversantes. Une redécouverte nécessaire.
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