PRIX LITTÉRAIRE

 

Denise Epstein,
la fille d'Irène Némirovsky
(prix Renaudot 2004
pour Suite française)

La fille d'Irène Némirovsky (Renaudot) :
« Une victoire sur le passé »

PARIS (AFP) - L'attribution inattendue du prix Renaudot au roman de l'écrivain disparu Irène Némirovsky, "Suite française" (Denoël), est "une victoire sur le passé", a déclaré lundi à l'AFP sa fille aînée, Denise Epstein.

"Quand j'ai appris la nouvelle, j'étais complètement bouleversée, submergée par l'émotion en pensant à ma mère, à ma soeur, à tous les autres. Ce prix est une victoire sur le passé, l'abandon et le nazisme", a-t-elle dit.

Denise Epstein, qui vit actuellement à Toulouse, avait 13 ans quand sa mère a été arrêtée par des gendarmes français puis conduite à Auschwitz où elle est morte en 1942.

"Le manuscrit que j'ai pu récupérer dans sa valise était impeccable. La couverture en cuir avait subi quelques écorchures mais l'encre n'avait pas bougé, c'était une encre bleue des mers du sud", a-t-elle précisé.

"Je ne l'ai pas ouvert tout de suite, je ne pouvais pas. Il y avait beaucoup de douleur, de colère. Quand je l'ai lu, je n'ai pas vu tout de suite qu'il s'agissait d'un roman, il y avait des notes très douloureuses. J'ai repris tout ce travail bien des années après. Entre-temps, ma soeur a écrit Le Mirador et elle avait en quelque sorte la priorité sur Suite française. Voilà pourquoi il a fallu attendre 62 ans pour sa publication", a-t-elle ajouté.

La fille cadette d'Irène Némirovsky, Elisabeth Gille - qui fut éditrice chez Denoël - avait publié en 1993 une biographie de sa mère sous le titre Le Mirador. Elisabeth Gille est morte depuis d'un cancer. Son livre a été réédité en 2000.