
| David
Golder |
260
pages |
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Grasset
Cahiers rouges
8,90 euros
ISBN
2246151449
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David
Golder
L’Ukrainien David Golder, financier
international âpre au gain et redoutable, qui ne rêve
que d'accroître sa puissance, prisonnier d'une spirale infernale
: gagner de l'argent, toujours plus d'argent, est insensible aux
prières de son associé qui court à la ruine
: «Je... j'ai terriblement besoin d'argent, David.... Tu ne
veux pas... me laisser gagner un peu?». Sa réponse tombe
comme un couperet : «Non». C’est un homme malade,
usé, miné par sa vie d'homme d'affaires, frappé d’une
crise cardiaque, qui vit une longue agonie. Gloria, sa femme, et
Joyce, sa fille, précipitent le drame par leur frivolité et
leurs demandes incessantes, furieuses, oppressantes. Elles sont soucieuses
seulement d'entretenir leurs gigolos, de se parer de pierres précieuses. «C'est
une merveille, n'est-ce pas? dit Gloria à Golder, tu me reproches
de dépenser trop? Par les temps qui courent, les bijoux, c'est
le meilleur des placements... Ah ! si tu me donnais plus d'argent...» Elle
va même jusqu'à cacher la gravité du mal qui
frappe Golder pour l'empêcher de s'arrêter de faire des
affaires : «Je me suis arrangée pour que Ghédalia
ne dise rien. Il voulait le faire renoncer aux affaires... Comment
aurions-nous vécu?» La maladie qui ronge progressivement
Golder le rend de plus en plus lucide. Il ne se fait plus aucune
illusion sur Gloria et, ce qui est un désespoir pour lui,
sur sa fille : «Faire de l'argent pour les autres, et puis
crever, c'est pour ça que je suis sur cette sale terre...
Joyce, c'est une grue comme toi.» Il se sacrifie pour ses proches
dans un dernier sursaut d'orgueil blessé, décidant
de reconstruire son empire, et entamant cet ultime combat avec une énergie
farouche. Il se tue à la tâche pour que, contrainte
par la pauvreté, elle n'épouse pas Fischl : «Fischl,
répéta-t-il avec haine...Et puis il dira, le salaud
: ”La fille de Golder que j’ai prise pour rien... une
chemise sur le dos !».
“David Golder” est une tragédie qui
met en scène les splendeurs et les misères, puis la longue
agonie d’un personnage ambigu, à la fois bourreau et victime.
Bourreau, il fait penser à Citizen Kane d'Orson Welles. Victime,
il ressemble à bien des égards au père Goriot
de Balzac. Il est étonnant de constater qu’Irène
Némirovsky se serait inspiré de la personnalité de
son père et qu’elle mettait en scène des personnages
juifs aussi détestables que ceux des pires caricatures antisémites
: «Soifer, un vieux Juif allemand qu'il avait connu autrefois
en Silésie, puis perdu de vue et retrouvé quelques mois
auparavant, venait jouer avec lui aux cartes… Il possédait
dans un coffre fort à Londres des diamants, des perles admirables… Avec
cela il était d'une avarice qui confinait à la folie.
Il habitait un meublé sordide, dans une rue sombre de Passy.
Jamais il n'était monté dans un taxi, même lorsqu'un
ami s'offrait à le payer : "Je ne désire pas, disait-il,
prendre des habitudes de luxe que je ne puis me permettre". Il
attendait l'autobus sous la pluie, l'hiver, des heures entières
; il les laissait passer les uns après les autres, quand la
deuxième classe était au complet. Toute sa vie il avait
marché sur la pointe des pieds pour faire durer ses chaussures
davantage. Depuis quelques années, comme il avait perdu toutes
ses dents, il ne mangeait plus que des bouillies, des légumes écrasés
afin d'éviter la dépense d'un râtelier.[…]
Plus tard Soifer devait mourir seul, comme un chien, sans un ami, sans
une couronne de fleurs sur sa tombe, enterré dans le cimetière
le meilleur marché de Paris, par sa famille qui le haïssait,
et qu'il avait haïe, à qui il laissait pourtant une fortune
de plus de trente millions, accomplissant ainsi jusqu'au bout, l'incompréhensible
destin de tout bon juif sur cette terre.»
Le roman est aussi une chronique d'une mort annoncée. La mort
est omniprésente. La crise cardiaque qui le frappe est décrite
de façon hallucinatoire : «L'obscurité, épaisse
et noire, opaque, pesait sur lui comme un couvercle... L'air entrait
dans ses poumons avec un bruit étrange et grotesque.» Gloria
et Joyce apparaissent comme des messagères de mort.
Ce fut le premier succès d’Irène Nemirovsky, un
succès fracassant qu'on a pu comparer à celui, plus tard,
de Françoise Sagan. Le roman a été adapté au
théâtre, et au cinéma (par Julien Duvivier dont
c’était le premier film parlant), avec Harry Baur dans
le rôle-titre sur scène et à l’écran.
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