| Le
Bal |
120
pages |
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Grasset
Cahiers rouges
6,90 euros
ISBN
2246151341
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Le
Bal
De
facture classique, Le Bal est un grand roman court, parfois
rapproché, à juste raison, de Mademoiselle Else d'Arthur
Schnitzler, pour ce qu'il montre le mûrissement intérieur
de la rage d'Antoinette
à l'encontre de sa mère - une parvenue dont la phase
d'embourgeoisement est subtilement tournée en dérision
par l'adolescente délaissée
et méprisée. M. et Mme Kampf organisent un
bal pour leur entrée dans le monde : Antoinette y voit l'occasion
providentielle d'une vengeance, d'une secrète affirmation
de soi et de son entrée à elle dans le monde... adulte.
Les
Kampf sont récemment passés de la gêne à l'opulence. «Ils étaient
devenus riches un beau jour, tout d’un coup.... sa mère
avait fait teindre ses cheveux en un bel or tout neuf.» Pour
asseoir leur soudaine opulence, Mme Kampf décide de donner un
bal, son premier grand bal dans le monde. Leur fille, Antoinette, qui
vient d'avoir quatorze ans, observe d’un regard révolté ses
parents qui l’ignorent : «Alfred, voyons, la petite....» s’exclame
Mme Kampf. «Mais elle ne comprend pas», rétorque
son mari. Bien au contraire, Antoinette, qui n’est plus une enfant,
comprend trop bien la comédie sociale à laquelle se livrent
ses parents qu’elle juge en silence : elle les surprend en flagrant
délit d’arrivisme ; ce bal n’est qu’une opération
commerciale destinée à les poser ; leur petitesse morale,
leur mesquinerie, leur cruauté, éclatent dans les préparatifs.
M. Kampf veut inviter le plus de monde possible : «Il faut de
la méthode, ma chère... Pour la première réception...
le plus de gueules que tu pourras... À la seconde ou à la
troisième, seulement, on trie...» Cependant, Antoinette
serait prête à tout accepter si on l’autorisait à assister
au bal, mais sa décision est irrévocable : il est hors
de question d’exhiber devant d’éventuels admirateurs
une fille déjà si grande. Antoinette ira se coucher dans
la lingerie puisque sa chambre doit servir de vestiaire. Il ne lui
reste plus qu’à se réfugier dans la rêverie.
Dans ce théâtre imaginaire qu’elle s’invente,
elle se regarde en spectatrice : «Vous la connaissez? C’est
Mlle Kampf... elle éclipse toutes les autres, n’est-ce
pas?» Comme dans un état second, elle lance dans la Seine
toutes les invitations qu'elle était censée poster, accomplissant
ainsi sa terrible vengeance.
Ce livre est cruel et drôle, comme en témoigne
cette réflexion de Mme Kampf : «Le marquis de Liguès
y Hermosa... dis donc, Alfred, est-ce qu’on leur donne leurs
titres en parlant?... sans cela, les autres ne s’apercevraient
même pas que l’on reçoit des gens titrés...».
Par le courant de tendresse étouffé qui le traverse,
ce petit livre étincelant est un des très rares chefs-d'œuvre
consacrés au portrait d’une adolescente révoltée,
qui vit le difficile passage de la jeune fille à la jeune femme.
Les relations entre la mère déjà d’un certain âge
et sa fille adolescente sont bien dépeintes. Le vaudeville tourne
au drame social. Le roman été adapté au cinéma
et on découvrit dans le film Danielle Darrieux.
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