Les rencontres, je les approfondis. Les souvenirs, je les garde. Ma reconnaissance, en général, je la donne en partage. Comme Denoël a été ma maison pendant quelques semaines, il était bon d'en repartir avec l'intention de rendre grâce aux personnes qui m'ont reçu.
Denise Epstein porte l'âme de sa famille comme un oiseau fragile. Alors je devais faire un nid, moi aussi, pour la recueillir doucement.
Et puis, tourguénièvement, je désirais revivre un « premier amour », rénover mon appréciation des hommes à travers les yeux de l'œuvre d'Irène Némirovsky. Puiser dans son regard, croisé comme par hasard, ce pour quoi je veux vivre ; m'évertuer à une bienveillance transfigurée, née d'un apitoiement apitoyé de lui-même*, qui se puisse lire y compris (et surtout) sur la face d'un Golder ou d'une Mme Kampf.

G.D.

* Par « apitoiement apitoyé de lui-même » je veux dire que le plus méprisable serait, bien sûr, de se croire purifié de ses propres indignités du seul fait de les avoir « considérées froidement » : nous sommes misérables irrémédiablement - le dire, l'éprouver, le déplorer n'y changent rien. Car s'apitoyer sur la médiocrité ou la vanité des autres, voilà qui, au fond, n'est possible qu'en raison de l'apitoiement infini que nous inspirent et que sécrètent (la plupart du temps pour se complaire, s'enrober et s'aggraver) nos propres faiblesses.
Il y a seulement des tentatives déchirantes, émouvantes, de se racheter quelquefois, d'être bon et généreux absolument : mais cela n'est pas le fruit de prises de conscience, ni même de l'humilité, de l'amour ou de la volonté. Ce sont les dons d'une littérature géniale. Des dons de Dieu.